Cinéma

Cinéma | Chungking Express (Wong Kar-wai, 1994)

Troisième film, premier vrai sommet de Wong Kar-wai et film de la consécration internationale pour le cinéaste hongkongais, Chungking Express a été tourné en 23 jours dans les rues de Hong Kong, en parallèle des Cendres du temps, avec un budget ridicule. Une situation d’urgence qui explique sans doute en grande partie l’étonnante liberté artistique de ce film qui s’est écrit au jour le jour.
Un flic est amoureux d’une tueuse, une serveuse est amoureuse d’un flic. Voilà, en substance, en quoi consiste le scénario de Chungking Express. Le film prend la forme d’une double chronique amoureuse portée par une mise en scène elle-même double, saccadée dans la première partie, plus douce dans la seconde. Deux histoires distinctes (une troisième partie était prévue, elle deviendra un film à part entière : Les Anges déchus), sans lien apparent autre que thématique, qui se succèdent sans transition.

Ce qu’il y a de prodigieux, c’est que cette rupture narrative abrupte qui devrait constituer un défaut majeur devient au contraire un élément signifiant à part entière en renvoyant aux sentiments de frustration des personnages devant leurs histoires d’amour qui s’achèvent ou qui n’aboutissent pas. Avec Chungking Express, Wong Kar-wai fait ce qu’il fait de mieux : capter l’instant brut, l’intime, l’émotion nue, l’insolite poésie du quotidien. Takeshi Kaneshiro qui traque les boîtes d’ananas dont la date de péremption correspond à la date de sa rupture amoureuse, Faye Wong en ancêtre d’Amélie Poulain qui s’introduit incognito dans l’appartement de l’être aimé pour le redécorer, Tony Leung Chiu-wai qui parle à un savon… Chungking Express se construit au fil de ses exquises trouvailles scénaristiques et visuelles. On y retrouve toutes les spécificités du cinéma de Wong Kar-wai, dont les bases avaient été posées avec Nos années sauvages : motif musical qui revient inlassablement, multiplication des ralentis et des accélérés, voix off, prépondérance de la photographie. Tous ses thèmes de prédilection : l’amour, l’incommunicabilité et la solitude. Et, toujours, cette mélancolie qui imprègne la pellicule.
Mais alors que In The Mood For Love subjugue par sa beauté triste, Chungking Express séduit par sa simplicité et une certaine forme de candeur qui ne se confond jamais avec de la naïveté. Moins glamour que Happy Together et In The Mood For Love mais beaucoup plus spontané, Chungking Express dégage une vitalité euphorisante. C’est un petit vent de fraîcheur exaltant, un concentré de charme intemporel, un instant de grâce.

Karine M. Donelle

[Photos © ARP Sélection]

Chungking Express (Chung Hing sam lam) │ Film de Wong Kar-wai, avec Brigitte Lin, Tony Leung Chiu Wai, Faye Wong, Takeshi Kaneshiro (Hong Kong, 1h37, 1994)

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